Pour communiquer avec Ghislain Caron
Montréalais d'origine, le peintre naturaliste Ghislain Caron est né le 11 mars 1965. Deuxième d'une famille de quatre enfants, c'est à Laval, où la famille a déménagé en 1971, qu'il s'initie aux joies de la nature. Parcourant les bois de son quartier, il recueille au passage toutes sortes de bestioles. En effet, près de chez lui se trouvent trois endroits rêvés pour un naturaliste en culotte courte : le Bois Papineau, le petit boisé de la cimenterie Beaudry et le Centre de la Nature qui, à cette époque, grouillait de vie sauvage, avant d'être aménagé en vaste parc récréatif. Carrières à l'abandon, lacs, champs, forêts et marécages deviennent le théâtre de ses premières découvertes. Les nombreux oiseaux blessés, grenouilles, couleuvres et poissons sont pour lui sources d'émerveillement et constituent, au grand dam de sa soeur et de ses deux frères, un zoo miniature qui s'agrandit à chaque sortie. Plus tard ce sont les fossiles qu'il collectionne. Des boîtes pleines de roches compétitionnent avec l'automobile pour l'obtention de la place dans le garage de la demeure familiale : "Ce n'était pas le but, mais souvent leur résistance émotionnelle a été testée... et j'avoue qu'ils s'en sont assez bien sorti!" sourit-il.
D'aussi loin qu'il puisse se rappeler, il a toujours dessiné. Au secondaire, les croquis de poissons côtoyaient les problèmes de maths "ennuyeux au possible" et les travaux de géographie ou de biologie. En 1982, il découvre l'oeuvre de Robert Bateman; il est fasciné : "J'étais avec des amis dans une librairie de Montréal. Je tournais les pages du livre d'un peintre dont je n'avais encore jamais entendu le nom, et j'ai dit comme ça, à mes copains : c'est ça que je veux faire plus tard."
La même année, il se rend aux bureaux du magazine Québec Chasse et Pêche, avec deux dessins de poissons sous le bras. Il y fait la rencontre de deux chroniqueurs vedettes, soit Alain Demers et Daniel Cousineau. Occupés à écrire un livre, ils sont justement à la recherche d'un illustrateur. À 17 ans il signe avec eux son premier contrat : 166 illustrations pour le bouquin Trucs et secrets de pêche. Par la suite, il illustre régulièrement les magazines Techniques de pêche et Lacs et Forêts, puis Serge-J. Vincent fait appel à lui pour son livre Pêche à la mouche.
Puis un jour, un ami passionné pour l'ornithologie lui fait découvrir le monde des oiseaux : "Je me suis intéressé à eux plus tard, pour moi ils étaient tous pareils, je me suis détrompé depuis..." À sa première sortie, son copain lui fait voir un couple de faucons pèlerins sauvages qu'il avait découvert nichant dans une carrière abandonnée de l'est montréalais. Puis un autre couple, celui-là sur la Tour de la Bourse : c'est le coup de foudre.
En mars 1985, il expose son premier tableau consacré à la gent aviaire : Carrière et faucon pèlerin, que la nouvelle Fondation pour la Sauvegarde des Espèces Menacées s'empresse d'éditer par la suite sous forme d'affiche, en vue d'amasser des fonds servant à rétablir les stocks de pèlerins décimés par le DDT dans les années 1970. Puis le Jardin zoologique du Québec à Charlesbourg retient ses services. Et en 1988, après les animaliers Lansdowne, Loates et Grondin, la compagnie de papiers fins Domtar lui commande une série de 6 toiles sur le thème des oiseaux pour illustrer son calendrier annuel 1989-1990.
Mais sa carrière ne fait que commencer. Avec les années se succéderont les conférences qu'il donne sur son art, des dizaines d'expositions collectives et différents ouvrages et affiches sur les oiseaux ou les tortues. L'une de ces affiches, illustrant un harfang des neiges, s'est mérité le Premier Prix Gutenberg en 1988 dans la catégorie affiche artistique. En 1989, le Gouvernement du Québec lui commande un tableau de Harfang des neiges en vol destiné à être remis à un haut dignitaire. Le tableau exécuté, il est offert en cadeau au Prince Philip, duc d'Édimbourg, lors de sa visite au Québec en mai de la même année.
Peu après, le cinéaste d'animation Frédéric Back lui propose de devenir son assistant-illustrateur pour son prochain film portant sur le fleuve Saint-Laurent. Il entre donc à la Société Radio-Canada en septembre 1989.
En 1993, la Fondation de la faune du Québec reproduit, sous forme de timbre de conservation et de collection, une acrylique de Ghislain Caron, Faucon pèlerin. Le feuillet de quatre timbres a remporté, en 1994, la palme d'or dans la catégorie imprimés d'art, lors du 19e concours international Gallery of Superb Printing, à Buffalo.
Autodidacte de nature, c'est à travers les livres d'art et les expositions dans les galeries et les musées qu'il apprend. Ses amis artistes tels que Gilles Archambault, Daniel Grenier, Gisèle Grenier et Robert Gérard sont pour lui sources de conseils précieux et de critiques favorables, parfois dures mais toujours positives.
En plus d'admirer l'oeuvre des animaliers Robert Bateman, Rien Poortvliet, Raymond Ching et Georges McLean, il se tourne vers les Impressionnistes, français et autres. "J'ai toujours admiré Monet et sa technique, mais ce n'est que plus tard que j'ai vraiment commencé à saisir les pourquoi et les comment de l'impressionnisme." De plus en plus, il visite les expositions impressionnistes et son horizon s'élargit. "Lorsque j'étais jeune, seuls comptaient les petits détails dans un tableau. Bien sûr, la couleur était présente mais la touche était toujours assujettie à la surface de l'objet, sans vie propre à elle seule." Il se rappelle qu'il y a longtemps, les oeuvres de Van Gogh le choquaient, dit-il. "Mais aujourd'hui ses tableaux me parlent beaucoup plus que bien des oeuvres détaillées de certains peintres."
Dans son oeuvre, la touche de Ghislain Caron devient plus fluide et la couleur se fait plus vivante. Admirateur avoué de Clarence Gagnon et Suzor-Côté et passionné des artistes du Groupe des Sept, c'est sur les pas de ces derniers que Ghislain entreprend de peindre en plein air. Avec son compagnon d'expéditions Daniel Grenier, c'est en auto et en kayak qu'ils vont camper et peindre la nature sauvage. L'artiste acquiert ainsi la conviction inébranlable que la peinture sur le motif a contribué à améliorer sa technique et sa vision de la peinture. C'est au cours de l'un de ces voyages, effectué en 1992 dans le Parc Algonquin et au Lac Huron en Ontario, que cette nouvelle façon de peindre s'affirme le plus : il en rapporte douze pochades exécutées rapidement mais avec assurance et fermeté. Plus tard, des acheteurs Japonais, alors en visite au Canada, se procurent plusieurs de ces paysages qu'il a commencé à exposer aux côtés de ses tableaux réalisés en atelier.
À trois occasions, durant les années 1992 et 1993, La Société d'Énergie de la Baie James reçoit les peintres Ghislain Caron et Gilles Archambault sur les différents chantiers de cette vaste région dans le but de leur faire apprécier, outre les barrages, les multiples aspects du paysage et les animaux de ce coin de pays. Elle commande à chacun une série de 8 tableaux inspirés de leurs observations, plusieurs étant ensuite reproduits sur les pages du calendrier 1995 de la société. En 1993, il déménage à Montréal avec sa compagne. Parallèlement à son art, il s'initie à la restauration d'antiquités et à la peinture sur meubles traditionnels avec l'ébéniste d'art, Édouard Beaudoin.
Le 29 novembre 1994, Ghislain décroche un important contrat à long terme et devient ainsi l'heureux papa d'une mignonne petite fille, Noémie, qui à son tour manifeste très tôt un goût marqué pour les animaux, le dessin et la peinture !
Au printemps 1995, l'artiste s'attaque à un projet de taille : l'illustration complète du guide d'identification "Oiseaux du Québec et des Maritimes", qui verra le jour après plus de 2 ans de travail intense. Écrit par Jean Paquin et édité chez Michel Quintin en mars 1998, ce livre a en effet nécessité près de l 000 illustrations d'oiseaux qui souvent, sont accompagnés d'une parcelle de leur habitat, le tout étant réparti sur 79 planches hautes en couleurs. Dès la sortie du livre en magasins, le public amateur d'ornithologie est séduit et conquis, les médias électroniques et la presse écrite en font l'éloge et les entrevues se succèdent dans la province et à l'extérieur. Ce guide, le premier en Amérique du Nord à avoir été rédigé en français sur ce sujet, entraîna dans son sillage d'autres contrats d'illustration de volumes pour Ghislain, notamment aux Etats-Unis, où une maison d'édition lancera un premier livre sur les oiseaux au tout début de 1999.
Plus près de nous, à la fin de l'été 1998, deux biologistes font appel à Ghislain Caron, lui proposant de réaliser l'illustration d'une étiquette de bière, une première pour l'artiste. L'oeuvre doit représenter le chevalier cuivré, un poisson endémique au Québec dont il ne reste plus que quelques centaines d'individus. Toujours inquiet du sort réservé aux espèces menacées, Ghislain fut heureux de répondre à l'invitation d'Andrée Gendron et Alain Branchaud qui ont initié et coordonné ce projet, premier pas d'un programme beaucoup plus vaste de sensibilisation du grand public. Les profits de la vente de cette bière rousse, brassée par le Cheval Blanc et baptisée Rescousse, ainsi que les affiches produites par la même occasion, iront nourrir un fonds spécial à la Fondation de la Faune du Québec.
Refusant l'étiquette de peintre animalier, il explique ce choix par le besoin de développer les multiples aspects de son talent sans restreindre sa création et son évolution artistique. Car il est encore trop tôt, selon lui, pour se satisfaire d'une seule manière : "Je sais bien que de toutes les techniques dont j'aurai usé, il me restera plus tard un amalgame de celles-ci et que chacune d'elles aura contribué de près ou de loin à faire ce que je voudrais être : un artiste complet."