Le pluvier siffleur (Charadrius melodus) est un petit oiseau de rivage considéré actuellement en voie de disparition à travers le Canada. Ce statut signifie que les risques sont très élevés d'assister à l'extinction définitive de cette espèce. Ce limicole, de la couleur du sable sec, se confond admirablement avec les plages sablonneuses qui constituent son habitat de prédilection. Il possède un collier noir, parfois incomplet, ainsi qu'un bandeau de même couleur sur le front. Cet oiseau atteint une taille d'environ 18,5 cm et pèse quelque 55 g.
L'espèce niche exclusivement en Amérique du Nord et hiverne au sud des États-Unis, au Mexique et jusque dans les Caraïbes. Son aire de reproduction se divise en trois régions : la côte de l'Atlantique, les Grands Lacs et les Grandes Plaines (incluant l'Ontario, les Prairies canadiennes et les états du centre des États-Unis). En 1996, sa population mondiale, restreinte au continent Américain, avoisinait 5 913 individus. Au cours des années 1970, le Québec comptait entre 50 et 70 couples nicheurs. Actuellement, les Îles-de- la-Madeleine représentent le seul endroit dans la province où le pluvier siffleur se reproduit encore. Selon les recensements effectués sur les Îles au cours des dix dernières années, le nombre de couples nicheurs est passé de 53 en 1995 à 35 en 2001. L'espèce aurait déjà niché en Gaspésie, dans la région de la Baie des Chaleurs (New Carlisle, Coin-du-Banc, Paspébiac et Carleton) et sur la Basse-Côte-Nord (la région de Natashquan, de Sept-Îles et Moisie et possiblement de Havre Saint-Pierre et de Mingan). Toutefois, un inventaire approfondi des sites potentiels de ces deux régions en 1988 n'a pas permis d'en observer. La dernière preuve de nidification remonterait à 1986, sur la plage de Chevery.
Le pluvier siffleur arrive sur les plages de sable des Îles-de-la-Madeleine de la fin avril jusqu'à la mi-mai et les quitte pour retourner vers ses quartiers d'hiver de la mi-juillet à la mi-août. Son nid est une simple dépression dans le sable, tapissée de galets ou de petits morceaux de coquillages, souvent située vers le haut des plages près des dunes. Au Québec, ce pluvier ne produit qu'une seule couvée par année, soit en moyenne quatre oeufs par couple. L'incubation des oeufs, qui s'échelonne sur 26 à 28 jours, est assurée par les deux parents. Les oisillons quittent le nid le jour même de leur éclosion, mais ne savent pas voler avant l'âge de 25 à 28 jours. Ils sont très mobiles à peine quelques heures après leur naissance et suivent leurs parents durant les premières semaines. Pour défendre son nid et ses jeunes, le pluvier siffleur peut feindre une blessure afin de distraire le prédateur ou le promeneur, ou courir et s'accroupir pour imiter la position d'incubation. En dépit de ces manoeuvres de diversion, nombreux sont les oisillons qui succombent avant l'âge de l'envol, ne laissant parfois qu'un seul survivant par couvée.
Jusqu'à l'avènement de la Convention pour la protection des oiseaux migrateurs en 1917, la chasse des oiseaux de rivage contribuait fortement à la diminution des populations de pluvier siffleur, situation qui s'est rétablie quelque peu lorsque ce dernier a été désigné espèce non gibier. Cependant, depuis les années 1950, l'accroissement des activités humaines sur les plages a entraîné à nouveau une baisse des effectifs. Le facteur majeur actuel du déclin de la population de la côte Atlantique est le dérangement humain sur les plages au moment de la nidification, plus particulièrement la circulation motorisée incontrôlée (aux Îles-de- la-Madeleine, il existe plus de 1200 véhicules tout terrain sans compter les 4X4) et l'affluence des baigneurs et promeneurs sur les plages (feux de camp, collectes de bois de grève, petits avions téléguidés, cerfs-volants, etc.). Si la population résidente des Îles-de- la-Madeleine se chiffre à environ 14 000 habitants, la venue des touristes durant la saison estivale fait grimper le nombre de personnes présentes sur les îles à 58 000. Les nombreux véhicules et promeneurs peuvent alors détruire les oeufs en écrasant les nids, les oisillons ou même les adultes, tellement leur coloration leur permet de bien se camoufler dans le sable. De plus, la présence de visiteurs dans les secteurs de nidification force les parents à quitter fréquemment le nid. Ces absences plus ou moins prolongées permettent aux prédateurs d'accéder plus facilement aux oeufs ou aux jeunes. Le dérangement répétitif peut également interrompre l'activité alimentaire des oisillons et les éloigner du nid de sorte qu'ils auront de la difficulté à y revenir, ce qui diminuerait leur chance de survie. Outre la présence humaine sur les plages, les aires de nidification et les aires d'hivernage ont subi de sévères modifications ou ont été complètement détruites par la construction à proximité des plages de complexes hôteliers, de résidences, de routes, de remblais et de jetées, ou par des programmes de stabilisation des dunes. Enfin, la prédation représente un facteur limitant très important pour le succès de reproduction de cette espèce, partout où elle niche. La présence des prédateurs (ex : raton laveur, moufette, goélands) est souvent favorisée par les activités de villégiateurs négligents qui laissent leurs déchets sur les plages et les environs. La problématique actuelle des populations de pluviers siffleurs n'est cependant pas la même dans toute les parties de son aire de répartition. Dans la région des Grandes Plaines par exemple, ce sont la manipulation des cours d'eau pour l'énergie hydroélectrique, l'irrigation et l'utilisation des plages par le bétail qui constituent les plus graves dangers pour la survie de l'espèce.
Depuis la fin des années 1980, diverses stratégies de rétablissement du pluvier siffleur ont été développées au Canada et aux États-Unis avec un succès mitigé. Aux Îles-de- la-Madeleine, le groupe Attention FragÎles en collaboration avec le Service canadien de la faune, entoure certains nids de structures de protection (périmètre de sécurité) sur les plages les plus achalandées. Ils installent également des exclos (structures métalliques) afin de réduire la prédation des oeufs, une stratégie qui s'est avérée efficace pour amener les couvées jusqu'à l'éclosion. Toutefois, cette forme d'entrave à la circulation ne peut être utilisée pour protéger les oisillons en raison de leur grande mobilité. Un système de surveillance des sites effectuée par des bénévoles, la sensibilisation auprès des villégiateurs et des riverains, ainsi que l'installation d'affiches présentant la situation du pluvier siffleur ont permis d'accroître l'intérêt du public pour cet oiseau. Mentionnons qu'il existe des règlements municipaux sur l'utilisation des véhicules tout-terrain sur les plages durant l'été, mais force est de constater que les autorités compétentes ne prennent pas les moyens nécessaires pour assurer que ces règles soient respectées. Depuis le printemps 2000, le pluvier siffleur est reconnu comme espèce menacée en vertu de la Loi québécoise sur les espèces menacées et vulnérables. Ironiquement, cette désignation qui n'a de légale que le nom, n'accorde aucune protection particulière ni au pluvier, ni à son habitat.
Le pluvier siffleur était l'espèce porte-étendard de la version 2002 de la bière Escousse. Les sommes d'argent récoltées par la vente de cette bière saisonnière ont servi à financer des projets visant le rétablissement des espèces en péril au Québec, notamment certaines activités du groupe Attention FragÎles aux Îles-de- la-Madeleine. L'Escousse sera offerte chaque printemps dans les dépanneurs et épiceries du Québec. Si vous souhaitez donner un coup de pouce aux espèces menacées, sautez sur l'occasion, elle s'envolera vite !
Laporte, P. et Shaffer, F.1994. Recensement du Pluvier siffleur au Québec, en 1991. Pages 24-29 dans S.P. Flemming, éditeur: The 1991 International Piping Plover Census in Canada. Publication Hors série no 82 du Service canadien de la Faune. Environnement Canada, Ottawa. 59 p.
Plan national de rétablissement no 22. Plan national de rétablissement du Pluvier siffleur (Charadrius melodus) mars 2002. Rétablissement des espèces canadiennes en péril. 54 p.
Plissner, J.H. et S.M. Haig. 1997.1996 International Piping Plover Census. U.S. Geological Survey, Rapport de la Biological Resources Division. 231 p.
Schaffer, F. 2002. Pluvier siffleur dans Les espèces en péril, Québec-Oiseaux, Hors Série. p.18-20.
Shaffer, F. et Laporte, P. 1995. Rapport sur la situation du Pluvier siffleur (Charadrius melodus) au Québec. Série de rapports techniques no.244, Région du Québec, Service canadien de la faune, Environnement Canada.