Le statut légal du chevalier cuivré

Un périple interminable qui se termine... en queue de poisson

Après plus de 5 ans de tergiversation, on a enfin accordé, en 1999, le statut d'espèce menacée au chevalier cuivré et ce, en vertu de la Loi québécoise sur les espèces menacées ou vulnérables (L.R.Q., 1989, E-12.01). Bien que le gouvernement du Québec prétend par ce geste démontrer son intention d'assurer la survie de ce poisson fragile, il faut admettre que, dans sa forme actuelle, la désignation du chevalier cuivré est une coquille vide. En effet, sous la pression du Secrétariat à l'allégement réglementaire, le défunt ministère de l'Environnement et de la Faune a finalement dû renoncer à inclure l'habitat du chevalier cuivré dans le règlement de désignation, le privant ainsi de la protection accrue accordée légalement à l'habitat d'une espèce menacée ou vulnérable. Dans le communiqué de presse diffusant la nouvelle (7 avril 1999), le nouveau ministre responsable de la Faune et des Parcs, Guy Chevrette, reconnaît pourtant que la dégradation, la fragmentation et la contamination des cours d'eau de la plaine du Saint-Laurent constituent la principale cause du déclin des populations de ce poisson unique au Québec. Du même souffle, il affirme que les habitats du chevalier cuivré seront protégés comme ceux des autres poissons, une protection très rudimentaire qui n'a pourtant pas empêché ces mêmes habitats de se détériorer à la faveur des impératifs économiques et de l'insouciance collective. Comment peut-on sérieusement prétendre renverser la tendance au déclin d'une espèce au bord du gouffre par le recours à des mesures règlementaires aussi timides ? Par cette annonce, qui a toutes les apparences d'un poisson d'avril, le gouvernement actuel se couvre de ridicule.

Dix ans après l'adoption de la loi québécoise sur les espèces menacées ou vulnérables, le chevalier cuivré était la première espèce faunique à recevoir un statut légal. Ironiquement, ce statut n'est qu'une reconnaissance symbolique, au même titre que celui accordé dix ans plus tôt par une instance fédérale, le Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada (CSEMDC), un organisme qui n'a jamais eu la prétention d'offrir une protection légale aux espèces désignées. Voilà que la montagne a accouché d'une souris.

Pour plus d'informations, vous pouvez consulter les documents suivants:

Branchaud, A. et A. Gendron. Le pouvoir de ne rien faire. Le Devoir, édition du 1er septembre 2000, page A9.

Projet de Règlement sur le chevalier cuivré. Loi sur les espèces menacées ou vulnérables (L.R.Q. c. E- 12.01, a. 10, par. 1). Gazette officielle du Québec, 2 septembre 1998, 130 e année, n 36, page 4981.

Branchaud, A. et A. Gendron. L'affaire cuivré: Le gouvernement met en péril l'avenir d'un poisson unique au Québec en refusant de reconnaître rapidement son statut d'espèce menacée. La Relève, édition du samedi 11 octobre 1997, page 38.

Branchaud, A. et A. Gendron. Suceur cuivré: Québec se traîne les pieds. La Presse, édition du vendredi 26 septembre 1997, page B3.

La Haye, M. 1993. Situation du suceur cuivré Moxostoma hubbsi au Québec: espèce susceptible d'être désignée menacée ou vulnérable. Le Groupe de Recherche SEEEQ Ltée. 39 p.

Mongeau, J.R., P. Dumont, L.Cloutier et A.M. Clément. 1988. Le statut du suceur cuivré, Moxostoma hubbsi, au Canada. Can. Field.-Nat. 102:132-139.

N.B.: le nom de suceur cuivré utilisé auparavant pour désigner Moxostoma hubbsi a été remplacé par celui de chevalier cuivré depuis février 1998.


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