Protection du chevalier cuivré et de son habitat

1. Mesures actuelles

En dépit de la situation critique du chevalier cuivré, les mesures adoptées jusqu'à maintenant pour garantir la protection de cette espèce et celle de son habitat sont relativement limitées.

Interdiction de capture

Afin de réduire les mortalités par la pêche et les risques de blessures lors de prises accidentelles, le Règlement de pêche du Québec a été modifié en 1995 de façon à interdire la capture de chevaliers et de meuniers dans les principaux cours d'eau de l'aire de répartition historique du chevalier cuivré. Ces restrictions sont en vigueur dans la rivière Richelieu entre son point de confluence avec le fleuve Saint- Laurent et le barrage de Chambly, de même que dans la rivière des Mille îles et certains tronçons des rivières Yamaska et Noire. Depuis 1987, la même interdiction s'applique à la pêche commerciale, une mesure qui vise à contrer l'utilisation des chevaliers comme poissons appâts dans certaines pêcheries. Notons que les contrevenants sont passibles d'une amende (S.O.S. braconnage: 1-800-463-2191).

Protection légale de l'habitat du chevalier cuivré

L'habitat du poisson fait partie des onze types d'habitats fauniques reconnus par la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune (L.R.Q., C-61.1). D'une manière générale, le règlement relatif aux habitats fauniques interdit de modifier toutes composantes physiques, chimiques ou biologiques essentielles de ces habitats. Il offre donc une certaine protection aux cours d'eau fréquentés par le chevalier cuivré. Toutefois, une longue liste d'activités et de travaux échappent à cette interdiction.

Ceux-ci sont autorisés, malgré leur impact probable sur l'habitat, à condition que leur exécution respecte certaines normes. La portée réelle de cette législation en matière de protection de l'habitat du poisson s'en trouve considérablement réduite. Par contre, le règlement sur les habitats fauniques est plus sévère lorsqu'il s'agit de l'habitat d'une espèce menacée ou vulnérable. Malheureusement, le chevalier cuivré ne peut bénéficier de cette protection accrue car son habitat n'a pas été identifié dans le règlement de désignation qui lui confère le statut d'espèce menacée (en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables). Ce faisant, son habitat n'est pas considéré légalement comme l'habitat d'une espèce menacée. Ce manque flagrant de volonté politique de la part du gouvernement québécois est incompatible avec les efforts de rétablissement mis de l'avant pour la sauvegarde de ce poisson en péril. D'ailleurs, les 7 autres espèces animales qui ont été désignées menacées ou vulnérables depuis avril 1999, ont subi le même sort de sorte qu'aucune d'entre elles ne voient ses habitats critiques reconnus comme "habitat d'une espèce menacée". Pour mieux comprendre les implications de cette décision, consultez le site du Endangered Species Act Action Alert qui témoigne de l'expérience américaine dans des dossiers similaires. Voir aussi un texte publié par Alain Branchaud et Andrée Gendron dans l'édition du Devoir du 1er septembre 2000.

2. Mesures à venir

Un refuge faunique dans les rapides de Chambly

On projette d'établir un refuge faunique dans les rapides de Chambly afin de protéger la plus importante et la moins dégradée des deux frayères connues du chevalier cuivré dans la rivière Richelieu. Incorporé à la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune (L.R.Q., C-61.1) depuis 1983, le concept de refuge faunique permet de préserver l'intégrité d'un habitat et d'en assurer la pleine disponibilité aux espèces qui l'utilisent à des étapes stratégiques de leur cycle vital.

Les rapides de Chambly sont très fréquentés au cours de la saison estivale et plus particulièrement durant la période de reproduction du chevalier cuivré. En effet, les activités de fraie de l'espèce chevauchent la Saint-Jean Baptiste et la fête du Canada, une période de festivités importante qui signifie pour plusieurs le début des vacances d'été.

Lorsqu'ils se réunissent à la fin de juin au site de Chambly, les chevaliers cuivrés doivent donc composer avec une densité importante d'estivants qui occupent physiquement les aires de reproduction. Par temps chaud et ensoleillé, on peut dénombrer plusieurs dizaines d'embarcations (bateaux, yachts, pédalos) stationnées ou circulant au voisinage des îles deltaïques du centre du rapide, précisément en aval du secteur d'eaux vives où des oeufs de chevalier cuivré ont pour la première fois été récoltés. Au moyen de motomarines, de canots ou encore de kayaks, plusieurs s'aventurent plus profondément dans ce chenal et les baigneurs sont nombreux à s'y laisser dériver. On a pu constater par des observations en apnée que cet encombrement effraie les géniteurs et les incite à s'éloigner des sites stratégiques. Allié à d'autres perturbateurs environnementaux, un stress de cette nature peu altérer le déroulement de la fraie ou même l'inhiber chez un certain nombre d'individus. Outre les effets sur le processus de fraie, le piétinement des sites de ponte par les vacanciers (baigneurs, pêcheurs, campeurs) représente une menace directe pour l'incubation des oeufs et la survie de la progéniture. Les études de localisation de frayères réalisées au cours des années 1990 ont mis en évidence de nombreux indices de la faiblesse du recrutement chez le chevalier cuivré. On constate en effet que la portion adulte de la population montre des signes de vieillissement, que les quantités d'oeufs déposés sont très limitées et que la proportion de chevaliers cuivrés parmi les jeunes moxostomes de l'année est faible (moxostomes = ensemble des espèces de chevaliers, qui appartiennent au genre Moxostoma). Dans un tel contexte, il importe de mettre tout en oeuvre pour maximiser l'efficacité reproductive du contingent de géniteurs résiduels, qui sont porteurs d'une partie importante de la variabilité génétique de l'espèce. La création d'un refuge faunique a donc été retenue comme une action hautement prioritaire pour assurer le rétablissement du chevalier cuivré, puisqu'elle devrait permettre d'optimiser la reproduction en milieu naturel.

Le projet de refuge faunique proposé vise à limiter les stress exercés sur le chevalier cuivré et son habitat de reproduction, mais également à préserver l'intégrité fonctionnelle des rapides de Chambly. Ce site unique est reconnu comme l'une des plus importantes zones d'eaux vives du Richelieu. Les secteurs de rapides de cette envergure sont rares le long des cours d'eau de la plaine du Saint-Laurent. Grâce, entre autres, à la présence des îles deltaïques, ce milieu offre, sous différentes conditions d'hydraulicité, une grande variété d'habitats à haut potentiel pour la fraie, ce qui lui confère une forte valeur écologique à l'échelle régionale. Au total, 57 espèces de poissons y ont été recensées, soit plus de 60% des poissons susceptibles d'être rencontrés dans le sud du Québec.

Plus spécifiquement, les rapides sont fréquentés par les huit espèces de catostomidés (chevaliers, meuniers et couette), par 16 des 24 espèces de ménés et par 20 des 21 familles de poissons d'eau douce du Québec. Ces lieux accueillent également 5 des 11 poissons actuellement sur la liste des espèces qui pourraient se voir attribuer un statut de précarité en vertu de la Loi québécoise sur les espèces menacées ou vulnérables, incluant le fouille-roche gris et le chevalier de rivière. Avec la présence du Fort-Chambly, le milieu formé par le rapide et l'archipel est indissociable du patrimoine historique de la région. Il est d'ailleurs considéré par la communauté de Chambly comme une facette déterminante de l'image de la ville et un pilier de son développement futur.

Comme toute nouvelle réglementation, l'établissement d'un refuge faunique est un processus complexe qui exige du temps. Compte tenu de l'extrême précarité du chevalier cuivré, il est impératif de mettre tout en oeuvre pour accélérer la création du refuge faunique dans les rapides de Chambly, à défaut de quoi cette initiative pourrait bien s'avérer vaine.

Aménagement d'une passe migratoire au barrage de Saint-Ours

Des chevaliers cuivrés se regroupent chaque année au bief d'aval du barrage de Saint-Ours sur la rivière Richelieu. Des études récentes démontrent que certains géniteurs y déposent leurs oeufs. Cependant, plusieurs observations suggèrent que cet obstacle artificiel difficilement franchissable à cette période de l'année emprisonne les géniteurs dans la partie avale, limitant ainsi l'accès à des milieux de fraie de meilleure qualité situés en amont dans les rapides de Chambly. D'une manière générale, cette fragmentation de l'habitat contribue à restreindre les déplacements des poissons et à limiter les échanges génétiques entre les populations. Il est donc primordial de rétablir les conditions de libre passage des poissons vers l'amont du barrage de Saint-Ours. L'ancien barrage construit en 1849, un ouvrage peu hermétique, était pourtant équipée d'une passe migratoire assurant la circulation des poissons jusqu'à Chambly. Mais en 1967, il fut remplacé par un ouvrage plus moderne qui a accru la dénivelée entre l'amont et l'aval. La passe migratoire dont était équipée le premier barrage n'a jamais été reconstruite. Le rétablissement des conditions de libre circulation au niveau du barrage de Saint-Ours devrait non seulement favoriser la survie du chevalier cuivré, mais aussi contribuer à l'amélioration de la situation de plusieurs autres espèces de poisson en situation précaire dans le réseau du Saint-Laurent tels que le chevalier de rivière, l'alose savoureuse et l'esturgeon jaune. De même, cette mesure devrait permettre le retour de l'anguille dans le lac Champlain et, à moyen terme, rétablir, dans la rivière Richelieu, la rentabilité d'une pêcherie commerciale, jusqu'à récemment reconnue comme étant la plus importante au Canada.

Grâce aux pressions exercées par le Projet Rescousse au cours de l'été 2000, cette impasse est maintenant chose du passé. À la suggestion du Projet Rescousse, la passe migratoire porte le nom de Passe migratoire Vianney-Legendre, un monument de l'histoire ichtyologique du pays méconnu du grand public.

À consulter:

Branchaud, A. et A. Gendron. 2000. Le pouvoir de ne rien faire. Le Devoir, 1er sept., page A9.

Gendron, A.D. et A. Branchaud. 1998. Dossier de présentation du refuge faunique des rapides de Chambly pour la protection du chevalier cuivré. Québec, ministère de l'Environnement et de la Faune, Direction régionale de la Montérégie, Longueuil et Direction de la faune et des habitats, Québec. iv +36 p.

Projet Rescousse. 2000. Communiqués de presse faisant la promotion de la construction d'une passe migratoire à Saint-Ours.

Dumont, P., J. Leclerc, J-D Allard et S. Paradis. 1997. Libre passage des poissons au barrage de Saint- Ours, rivière Richelieu. Ministère de l'Environnement et de la Faune, Direction régionale de la Montérégie, Service de l'aménagement et de l'exploitation de la faune et Direction des ressources matérielles et des immobilisations, Québec, et ministère du Patrimoine canadien (Parcs Canada), Québec. xiii + 88 p.

Comité d'intervention. 1999. Plan d'intervention pour la survie du chevalier cuivré (Moxostoma hubbsi), Société de la faune et des parcs du Québec, Direction de la faune et des habitats, 60 p.


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