Le chevalier cuivré, une histoire à redécouvrir...

L'histoire de la découverte du chevalier cuivré débute, pour ainsi dire, avec la reconnaissance par la population locale d'une diversité d'espèces au sein de sa propre famille. Nous savons aujourd'hui que la famille des catostomidés est représentée au Québec par huit espèces, soit une couette, deux meuniers et cinq chevaliers. La présence de plusieurs espèces de catostomidés dans les eaux douces du Québec a attiré l'attention des explorateurs et naturalistes dès le début de la colonisation. Samuel de Champlain (1567-1635) parlant de la "pesche du poisson" mentionne qu'il y a dans le fleuve Saint-Laurent des "carpes de toutes sortes, dont y en a de tres-grandes". Il ne s'agit en aucun cas de la vraie carpe qui ne gagne le fleuve Saint-Laurent que vers 1910. Dans son Histoire véritable et naturelle de la Nouvelle-France parue en 1664, Pierre Boucher (1622-1717) distingue également plusieurs espèces de catostomidés : "Les poissons qui se trouvent dans les petits lacs & les petites rivières, sont brochets, carpes de plusieurs sortes; perches, braimes, petites truites, poissons dorez, ouchigans...".

Malgré cette reconnaissance hâtive, environ deux siècles s'écouleront avant de voir s'inscrire dans la littérature des descriptions plus spécifiques de nos différentes espèces. La liste des poissons du Saint-Laurent publiée par le naturaliste canadien Pierre-Étienne Fortin (1823-1888) dans les années 1860 marque une avancée importante et le début de l'ichtyologie régionale au Québec (ichtyologie: étude des poissons). En 1866, Pierre-Étienne Fortin publie une description très détaillée d'un chevalier cuivré. Sous-estimant l'originalité de son travail, il identifie son spécimen comme étant de la même espèce que celle rapportée par le français Achille Valenciennes (1794-1865) en 1844 sous le nom de catostome aux grandes écailles... Cette première description d'un chevalier cuivré par Pierre-Étienne Fortin passera toutefois inaperçue pendant plus de 130 ans ! Ce n'est que tout récemment qu'on a démontré la correspondance entre le chevalier cuivré et le catostome aux grandes écailles de Pierre-Étienne Fortin.

Il faudra attendre 76 ans avant que ne soit redécouvert, cette fois pour de bon, le chevalier cuivré. Au début des années 1940, l'Office de Biologie du Québec entreprend une vaste étude du lac Saint-Louis, sorte d'élargissement du fleuve Saint-Laurent en amont de Montréal. Napoléon Lalumière, un pêcheur de chevaliers et de meuniers, informe alors les biologistes de la présence d'au moins huit espèces de catostomidés dans la rivière Châteauguay et le lac Saint-Louis. L'attention des biologistes se tourne vers une variété appelée localement carpe de France et qui ne correspond à aucun poisson décrit dans la littérature de l'époque. Il s'agit en fait du chevalier cuivré. La paternité de cette découverte scientifique donne alors lieu à une course fébrile entre Vianney Legendre (1917-1990) et Vadim Vladykov (1898 -1986), deux piliers historiques de l'ichtyologie au Québec. Legendre gagne cette course en publiant le premier sa description dans le numéro d'octobre-novembre 1942 du Naturaliste Canadien, alors que celle de Vladykov demeurera à l'état de manuscrit. Legendre et ses collaborateurs croient d'abord qu'il s'agit de la même espèce que celle rapportée par le français Achille Valenciennes en 1844 sous le nom de catostome carpe !!! Le débat sur l'identité exacte du chevalier cuivré se poursuit au cours des années 1940. Il devient de plus en plus évident qu'il s'agit d'une espèce totalement différente et inconnue à la science. En 1952, Legendre désigne le chevalier cuivré comme nouvelle espèce sous le nom scientifique de Moxostoma hubbsi en référant à sa description originale de 1942. Les recherches menées subséquemment dans les provinces canadiennes et les états américains frontaliers confirmeront le caractère endémique de l'espèce.

Texte tiré de : Branchaud, A. et R.E. Jenkins. 1999. Pierre Fortin (1823-1888) et la première description scientifique du chevalier cuivré, Moxostoma hubbsi. Canadian Field-Naturalist 113: 345-358.


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