Dans les eaux aventureuses de la plaine du Saint-Laurent, survit un poisson légendaire exclusif au territoire québécois, le chevalier cuivré. Fidèle à ses origines, notre chevalier revient chaque année entre le 24 juin et le 1er juillet, vêtu de son armure cuivrée, déposer son frai sur le lit défait de la rivière Richelieu, et s'en retourne inquiet du sort réservé à sa progéniture. Cet être dépareillé mène une lutte de tous les instants pour sa survie. Inlassablement, il sillonne ses rivières maussades en quête de moules et semblables coquilles, qui seules font sourire son palais garni de dents pareilles aux nôtres. Mais il disparaîtra si rien n'est fait pour épauler ses populations affaiblies par plus de deux siècles d'agressions de toutes sortes. À une époque plus glorieuse, sa répartition incluait, outre son fief du Richelieu, une partie du fleuve Saint-Laurent et quelques uns de ses tributaires, telles que les rivières des Milles Îles, Yamaska et Noire, où il n'est plus aujourd'hui que l'ombre de lui-même.
Le chevalier cuivré a récemment été immortalisé par le peintre naturaliste Ghislain Caron. L'artiste a travaillé d'après nature en respectant les moindres caractères morphologiques de notre seul vertébré endémique, véritable porte-étendard des espèces menacées du Québec. Expressément réalisée pour l'étiquette de la Rescousse, cette oeuvre, l'une des premières illustrations couleur du chevalier cuivré, contribuera sans doute à faire entrer ce poisson méconnu dans l'imaginaire collectif. Le voilà déjà qui s'installe dans votre verre. Ne manquez pas de porter un toast à sa santé !